Les frontaliers mobilisés

Le Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle a organisé un premier rassemblement à Sarreguemines le 20 mars 2021.

© Mosaïk Cristal

Arsène Schmitt, le Président du Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle, donne le ton : « Nous ne sommes pas des pestiférés, nous ne sommes pas des frontaliers maltraités, nous sommes des frontaliers révoltés. Abolition des tests, une honte ! »

C’est devant les yeux du père fondateur de l’Europe que près de 500 manifestants étaient regroupés à la frontière de Sarreguemines-Hanweiler pour contester une énième fois les tests obligatoires toutes les 48 heures. Une aberration pour ces citoyens, nombreux à passer la frontière plusieurs fois par jour.

Leur vie a été chamboulée
Serge Coscarella est ouvrier chez Ford à Sarrelouis :
« Il faut se faire tester 3 fois par semaine, il y a eu des postes faits à l’usine, il y a du quotidien, il y a un emploi du temps à respecter, il y a plein de choses… C’est perturbant. » Sandrine Jacques, est éducatrice dans une garderie en Allemagne « On a un médecin qui vient deux fois par semaine, c’est l’avantage que j’ai peut-être par rapport à d’autres personnes, sinon il faut trouver un infirmier ou aller à la Brême d’Or et c’est compliqué par rapport au couvre-feu. Le quotidien c’est ça tout le temps. Travailler, boulot, dodo, test. C’est pesant ! » Nicole est comptable en Allemagne « J’ai mal au nez, sincèrement, c’est invasif. C’est très désagréable et j’ai toujours mal pendant deux heures, quand même. Mes collègues allemands ne sont pas testés donc la première fois que j’ai fait le test, je suis allée au bureau et j’ai dit : ’’Je suis négative, et vous ? ‘’ »

Ute est infirmière allemande « Je ne suis pas d’accord avec ce qui se passe à Berlin, ils ont fait ça vite fait et les Français ne comprennent pas, nous non plus, et je trouve que c’est une forme de racisme. » dit-elle. Frédéric Lanno travaille en Sarre, il vit au Pays de Bitche « Moi j’ai de la chance, mon entrepreneur fait les tests, on a un médecin dans l’entreprise. Mais ma femme fait 20 kilomètres tous les 2 jours pour faire un test. » Ces quelques témoignages pris sur le vif représentent bien l’opinion des 20 000 travailleurs frontaliers de l’arrondissement : un ras-le-bol général et une incompréhension face aux mesures prises par Berlin.

Trouver un labo après la journée de travail
Arsène Schmitt dénonce même une déconnection de la réalité de la part des gouvernements : « Mettez-vous à la place des travailleurs frontaliers qui partent de chez eux le matin à 5h, ils prennent leur poste, ils sont partis de chez eux entre 12, 13 et 14 heures, et le soir c’est la course, il faut qu’ils trouvent une pharmacie, un labo, un centre de dépistage pour se tester… C’est invivable. Aujourd’hui la vie du frontalier c’est boulot, test, dodo ! » Dans le cortège, plusieurs élus étaient présents, notamment le maire de Sarreguemines, venu soutenir cette action « Je suis là aujourd’hui avec mes adjoints pour dire que du côté de Berlin, du côté de Paris, il faut qu’on fasse mieux en la circonstance. Comment faire mieux ? Eh bien en écoutant ceux qui, tous les jours en passant la frontière, en allant travailler, font l’Europe au quotidien. Je pense que cela mérite qu’ils soient entendus. » Cette mobilisation était aussi l’occasion de soulever à nouveau la problématique des retraites et de la double imposition que subissent des milliers de travailleurs frontaliers.

Mosaïk Cristal

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