Patrick Dross, comédien – De la claque au grand écran

Patrick Dross, acteur originaire d’Alsace-Moselle, chemine avec aisance dans une vie à cent à l’heure. Retour sur son parcours, de Canal+ à ses projets d’avenir…

Photographie : Patrick Dross à l’occasion d’un de ses tournages. (document remis)

Talentueux, drôle et authentique : trois des nombreux compliments que l’on peut lire de Patrick Dross dans ses recommandations sur un célèbre réseau social professionnel. Lui se décrit simplement comme « persévérant », et on ne peut que le croire lorsqu’il nous explique que sa passion pour le cinéma remonte à sa plus tendre enfance. « Tout petit, j’étais déjà fasciné par le cinéma. (…) Très vite, je me suis demandé comment on pouvait faire pour “faire ça”. (…) Je rêvais de cette vie sans même penser que ça pourrait se faire. » Vers ses douze ans, il se relève la nuit pour regarder, en cachette et en VO, des films ciné-club comme ceux d’Alfred Hitchcock ou d’Ingmar Bergman. Plus tard, il continue sa « boulimie » cinématographique tout en étudiant les langues à Strasbourg, avant de partir aux États-Unis. « Quand je suis revenu, il se trouve qu’on m’avait pris dans une fac à Paris et là… Le diable a été tenté ! »

« J’ai commencé à prendre des cours de théâtre alors que je travaillais comme commercial », nous raconte Patrick Dross. Il prenait en effet des cours du soir au Cours Florent, une école parisienne de formation professionnelle d’acteurs très réputée dans le métier. Malgré une bonne ambiance, la cadence qu’il s’est imposée devient difficile à tenir. « [Au Cours Florent], on avait du boulot parce qu’on faisait ça sérieusement. Au bout d’un moment, je ne pouvais plus travailler la journée et suivre en même temps le Cours Florent le soir. Alors, j’ai pris la décision d’essayer de ne faire que ça. J’ai eu beaucoup de chance. » En effet, à ce moment-là, l’émission Nulle Part Ailleurs de Canal+, célèbre pour ses sketches d’Antoine de Caunes, est à la recherche de jeunes acteurs pour « faire la claque ». « Ils cherchaient des apprentis comédiens pour aller dans le public lancer les applaudissements. (…) Je travaillais à raison d’une semaine par mois, le soir. » De fil en aiguille, en parallèle du Cours Florent, sa fiabilité lui fait gravir les échelons et rencontrer les bonnes personnes. « J’ai rencontré José Garcia, qui était chauffeur de salle tout au début sur l’émission ». José Garcia et Patrick Dross jouent alors quelques sketches avec Antoine de Caunes, avant que José Garcia ne cède sa place de chauffeur de salle au jeune acteur. Une opportunité qui a permis à Patrick Dross de se maintenir dans le métier : « J’avais le temps de travailler, de tourner, de jouer au théâtre tout en travaillant comme chauffeur de salle ».

Depuis, il a joué dans de nombreux films ainsi que dans des courts-métrages et des pièces de théâtre. Avec la même habileté avec laquelle il change de domaine, il jongle entre les rôles, partageant parfois l’écran avec des Ramzy Bedia ou des Pierre Niney. Il joue même en anglais, ce qu’il apprécie particulièrement. Sans surprise, les acteurs qui l’inspirent le plus sont plutôt des Anglo-Saxons, notamment Daniel Day-Lewis (Le Dernier des Mohicans, Gangs of New York…) et Tom Hardy (Inception, The Revenant…) à qui il rêve de donner la réplique.

Son métier d’acteur, il l’aime avant tout pour cette sensation de liberté, loin du carcan de son ancien 9 to 5. Sur son planning, les jours s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Il aime sa routine faite d’exceptions, dans laquelle il paraît d’ailleurs se mouvoir avec une impressionnante plasticité. Une soif de liberté qui s’étanche également lorsqu’il est en tournage. « Dans la vie, je ne suis pas une grande gueule, pas timide mais presque, avoue-t-il. Mais en tournage, je peux traverser la rue à poil ! (…) Il n’y a pas de limite dans le cinéma, on peut faire ce qu’on veut. »

Entre le jeu et la réalité, Patrick Dross évoque l’idée d’un interrupteur. « C’est comme s’il y avait deux vies séparées », résume-t-il, entre lesquelles il faut trouver un certain équilibre, au risque de s’égarer… « [Lorsque je tourne,] je suis quelqu’un d’autre, mais toujours sur la frontière du basculement. (…) Je connais parfaitement mes limites et je dois les approcher le plus possible (…) mais je connais le chemin pour revenir. » Celui qui se décrit comme « tout sauf fantaisiste » a bien la tête sur les épaules, mais aussi des racines solides qui viennent s’ancrer profondément en Alsace-Moselle. En effet, Patrick Dross est né à Sarre-Union en 1963, et a passé son enfance à Rohrbach-lès-Bitche. « Mon lien avec la Moselle est très fort, je suis très fier de venir de là-bas. Quand j’étais petit, j’étais complexé par l’accent, et depuis, c’est devenu une force. » Il a, comme il le dit si bien, « le caractère des gens de là-bas » : « J’ai beau être saltimbanque, je suis hyper sérieux dans ce que je fais. (…) Pour moi, c’est un truc qui vient de mes origines. (…) Tout ce que j’ai appris, ce qu’on m’a donné là-bas, ça a fait la personnalité que j’ai aujourd’hui. »

Jamais à court d’inspiration, Patrick Dross a aujourd’hui beaucoup de projets, dont un qui lui tient particulièrement à cœur. « Historiquement, [l’Alsace-Moselle] est une région qui a beaucoup souffert. Ça a construit des gens qui ne sont pas comme les autres. Ça me sert, beaucoup même ! Et je le revendique. C’est pour ça que je serais particulièrement heureux de tourner en Moselle pour raconter des histoires du cru. » Il ajoute aussi qu’il souhaite « absolument tourner avec Claire Burger », la célèbre réalisatrice forbachoise, ainsi qu’avec Marie Amachoukeli et Samuel Theis. Alors, peut-être verra-t-on bientôt Patrick Dross en premier rôle dans un film réalisé par l’un d’entre eux ? Le cas échéant, nous serons fiers d’en avoir joué les entremetteurs ! L’invitation est lancée…

E.H.

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