Sarreguemines : Le festival Mir redde Platt se déploie sur la ville

Lancé dans une nouvelle formule annuelle, l’édition 2022 du festival « Mir redde Platt » renoue avec ces événements festifs à Sarreguemines, en avril et mai.

© Affiche – Titeux communication

Le lancement officiel de ce festival dédié au dialecte en février dernier, réservait une surprise : décliné selon le slogan « La Terre est Platt », il s’échelonne au fil d’événements culturels et festifs, de février à décembre. Dans une ambiance encore hivernale, l’œuvre de Valérie Hendrich a été dévoilée. Sur ce néon accroché à  la passerelle du Casino de Sarreguemines, la phrase « Dinni Schdimm schallt » en dialecte platt, ou ta voix résonne en Français, s’illumine à la nuit tombée, de manière très visible dans son habit de néon en verre soufflé blanc. Ce travail inspiré de la citation de Paul Éluard « J’entends ta voix dans tous les bruits du monde », se veut témoignage du passé et lien entre les générations, aspect des plus importants pour la transmission du dialecte.

Après l’action « Un mot, un galet », dont les mots dessinés ont été exposés dans le Jardin des Faïenciers au Moulin de la Blies, le cinéma dialectal s’est invité à Sarreguemines. D’abord à travers la projection du seul film réalisé en dialecte alsacien, « D’r Herr Maire », de Gustave Stoskopf, puis du « Silence de la mer », premier film de Jean-Pierre Melville, qui a été accompagné d’une adaptation théâtrale avec la complicité du Lothringer Theater.

Fêtes populaires du 29 avril au 22 mai
Absentes depuis 2009, les traditions festives liées au festival Mir redde Platt sont à nouveau programmées en ce printemps. Dès le vendredi 29 avril, la « Hèxenaacht », ou nuit des sorcières, revient dans la zone piétonne. Lancée dès 16h30, cette tradition est censée mettre fin à l’hiver, et s’adresse avant tout aux jeunes. Fondateur de Patrimoine vivant, Damien Schuhler a travaillé avec les élèves du collège Himmelsberg sur le sens de cette tradition. Les adolescents seront ainsi appelés à interpeler et chahuter gentiment les passants, grâce à des saynètes qu’ils auront composées. Ensuite, la soirée se partagera entre la musique du groupe Quetschkaschde et les contes de Valérie Loescher, jusqu’à 20h. Le public présent sera également invité à échanger sur ses meilleurs souvenirs de Hèxenaacht et l’origine de cette manifestation en Moselle Est. Le 28 octobre, une « Huttata » ou chasse sauvage sera proposée au départ du parking de la mairie ; elle consiste en un défilé de lumières dans la ville.

Le week-end festif des 21 et 22 mai commence par un bal folk le samedi. Pendant l’après-midi, 2 stages permettront de découvrir et d’approfondir les danses traditionnelles, avant le bal organisé à la maison de quartier de Welferding, animé par Parasol et son leader Gérard Godon, ainsi que les Quetschkashde. Dès le lendemain, on reprend les festivités lors d’un apéro-concert « Schdommdisch » participatif autour de la chanson, à la Brasserie de la Mairie. En présence de l’accordéoniste Sandra Klopp et du chanteur Charel, les convives sont invités à chanter avec les musiciens. L’après-midi, dédié à l’humour, est axé autour des histoires satiriques de 4 conteurs, dans le style des « Footzer » du carnaval rhénan. La scène du Casino sera ouverte aux conteurs dès 15h, pour un humour garanti 100% platt.

Spectacles et conférence-rencontre
Ces fêtes populaires encadrent un moment plus intimiste, prévu à la médiathèque communautaire le mardi 3 mai. Marion Maurin, traductrice née d’un couple franco-allemand, s’interroge sur le rapport des habitants du Grand Est avec la langue allemande. À la fois familière et étrangère, elle se met en conflit avec l’identité collective. Cette programmation riche comprend également 2 spectacles, dont « Le tour de France » du trio Mannijo, plaidoyer poétique pour sa langue de cœur, interprété par ces artistes aux origines lorraines et luxembourgeoises. Et en décembre, Yannick Jaulin sera sur la scène du Casino pour jouer « Ma langue maternelle va mourir », pièce qui lui a valu une nomination aux Molières en 2020. Il y est question de l’histoire des langues non-nationales, de leur parcours et de leur avenir.

Yves Junger

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