Une réserve de biosphère en Moselle

L’UNESCO a reconnu une 15ème réserve de biosphère en France. Elle s’étend du Pays de Phalsbourg à l’Est du Pays de Saulnois, en traversant toute la région de Sarrebourg, en Moselle Sud.

Martin Remigny

« J’éprouve un sentiment au-delà du ravissement », exprime Christian Untereiner, pour la Communauté de communes du Pays de Phalsbourg. « C’est une grande satisfaction, un moment d’émotion pour  tout le territoire, de voir son environnement et son patrimoine être reconnus au niveau international » ajoute Jérôme End, pour la Communauté de communes du Saulnois.
«  Une grande fierté, mais aussi une grande responsabilité », tempère Roland Klein, de la Communauté de communes Sarrebourg-Moselle Sud, au soir du 15 septembre dernier, quand l’UNESCO a rendu son verdict. Une décision attendue puisque la Moselle Sud comprend un patrimoine naturel toujours préservé : près de 1 400 kilomètres carrés de verdure, 50 000 hectares de forêts de conifères et de feuillus, plus de 200 espèces d’oiseaux, des prairies remarquables et des zones humides, pour en donner un aperçu.

L’obtention de cette reconnaissance intervient au terme de 5 années de travail pour les acteurs de ce territoire, jusqu’à la transmission du dossier fin 2020. Sur une idée lancée par Pierre Singer, fils du créateur du parc animalier et président de Sainte-Croix biodiversité, les acteurs politiques et environnementaux se sont réunis autour du PETR du Pays de Sarrebourg, qui a porté ce dossier. Ils ont décidé de promouvoir un équilibre entre les activités humaines et l’environnement. « Nous avons dû mener une action auprès des communes, convaincre les élus et la population, se rappelle Christian Untereiner. À présent, l’enjeu est d’utiliser ce label comme effet de levier pour développer l’attractivité de notre territoire. » À la CCSMS, on voit déjà plus loin : « Les entreprises qui souhaitent afficher une image écologique, qui souhaitent que leurs salariés évoluent dans un cadre sain trouveront dans cette réserve de biosphère une excellence environnementale que nous ferons vivre », argumente Roland Klein.

Reconnecter tourisme et nature
C’est notamment par le biais du tourisme que les élus souhaitent promouvoir la Moselle Sud. L’offre y sera développée, toujours sous l’angle de l’écotourisme. Ligne qui prévaut déjà : « Si vous prenez le plan incliné d’Arzviller, il permet de remplacer 17 écluses traditionnelles en vallée des Éclusiers », et de réduire la consommation d’énergie lors du transit par voie fluviale, évoque Christian Untereiner. L’encouragement à la mobilité douce, avec l’extension du réseau de pistes cyclables, les alternatives à la voiture et la sauvegarde de l’écosystème prolongent cette dynamique sur le long terme. « Ce label n’est pas une assurance. Nous devons entendre ce cri d’alarme de la nature, et agir ensemble », rappelle Roland Klein. Un village de gîtes doit voir le jour à Dabo. Il comprendrait 15 gîtes en bois, bâtis à partir d’essences originaires du territoire, qui s’inséreront dans le paysage en respectant le biotope. Dans le Pays de Saulnois, une attention particulière sera portée sur la région à l’Est de Dieuze. Le domaine de Lindre et les mares salées de la vallée de la Seille, refuge unique de certaines espèces salines, dont la salicorne, doivent être valorisés, tout comme la faune qui vit autour des étangs.

Agriculture, pédagogie : agir sur le long terme
La reconnaissance de l’UNESCO vient récompenser un travail mené depuis une dizaine d’années en Pays de Sarrebourg. La CCSMS s’est notamment engagée sur les « trames verte et bleue », afin de préserver les cours d’eau, zones forestières et espaces naturels. Avec pour conséquence une faune sauvegardée, dont certaines espèces d’oiseaux qui sont directement liées à ce territoire. Dans le cadre du projet Réserve de biosphère, l’accompagnement des agriculteurs sera pérennisé. Il est également prévu de développer les superficies de vergers. Enfin, en milieu forestier, il est question de replanter des arbres. Des discussions doivent être engagées avec l’Office national des forêts, afin de protéger les forêts locales sur les décennies à venir. Comme l’intention de cette réserve de biosphère est de léguer un environnement préservé et entretenu aux générations futures, la pédagogie y tient également un rôle important. Elle s’adressera à tous : aux écoliers, bien sûr, qui participeront à des ateliers et animations, à l’école ou pendant leurs loisirs. Et aussi aux adultes, résidents et touristes : « Si vous prenez le soutien des circuits courts dans le domaine économique, il fait complètement partie de nos engagements », précise Christian Untereiner. Certains produits locaux pourraient être valorisés, comme le lait d’éleveurs dont les troupeaux paissent sur des prairies « plus saines, plus fraîches ». À Mittersheim, 2 éleveurs et la commune souhaitent signer une convention pour qu’une superficie de 100 hectares soit reconnue comme « prairie remarquable. »

« Les collectivités ne peuvent pas agir seules, renchérit Roland Klein. À nous d’intégrer la population dans nos démarches. » Les graines ont été plantées. La reconnaissance comme Réserve de biosphère doit permettre d’en récolter les fruits.

 Texte : Yves Junger

Articles similaires